02.02.2009
Portrait : Bruno Bisaro en auteur gay
Par Pierre Salducci : in la Référence, revue francophone de littérature gay et lesbienne, février 2009, n° 72
Bruno Bisaro est né le 13 juin 1974 à Créteil. Il est poète, chanteur, comédien et auteur dramatique. Une partie de sa famille est originaire du Frioul (Italie du nord). Il compose ses premiers poèmes, dans la ferme de ses grands parents paternels, non loin de Casarsa della Delizia. Certains d’entre eux figurent dans son premier livre L’intrépide bruno bisaro (éditions Geneviève Pastre, 2005). Bruno Bisaro poursuit à Marseille des études de commerce avant de se consacrer entièrement à sa carrière artistique. Sa rencontre avec Richard Martin (comédien, metteur en scène et directeur du théâtre Toursky) est pour lui déterminante. Il se tourne vers le spectacle et l'interprétation.
Comédien formé pendant trois ans à Paris à l’atelier international de théâtre de Blanche Salant et Paul Weaver (2000-2003), Bruno Bisaro joue dans La Cerisaie d’Anton Tchékhov, Le Marquis ridicule ou la comtesse faîte à la hâte de Paul Scarron et interprète seul en scène La Remontrance au peuple de France de Pierre de Ronsard (2004-2006)… Plus récemment en 2007 et en 2008, il adapte au théâtre le poème de Geneviève Pastre : Octavie ou la deuxième mort du Minotaure qu’il interprète pendant plusieurs semaines à l’Alambic studio théâtre, théâtre d’essai et de création et à l’occasion du festival parisien du théâtre gay et lesbien (sélection officielle) sous le titre Arthur Rimbaud ne s’était pas trompé(e).
Tout en restant fidèle au théâtre (il rejoint cette année une compagnie théâtrale parisienne dirigée par Ludovic Pirazzoli et enseigne dans un lycée du Val de Marne aux côtés de Jean-François Chatillon), Bruno Bisaro s'intéresse également à la chanson. En 2003, il rencontre le chanteur Alain Moisset (ancien leader du groupe punk rock Via Viva) avec qui il enregistre une dizaine de ses compositions. Il prépare actuellement son premier tour de chant qu’il présente au Sentier des halles en octobre 2008. Il vient d’être sélectionné au festival Décalages d’hiver organisé par le centre de la chanson dans la catégorie « chansons d’avant-garde, nouveaux langages » et qui se tiendra en mars prochain à l’espace Jemmapes.
Homme de théâtre, de chansons et de poésie, c'est finalement en s'affirmant en tant qu'auteur gay que Bruno Bisaro trouve son plein épanouissement. En 2005, il donne une lecture de Tant de jours qui suivront au centre gay et lesbien de la ville de Paris, à l’occasion du Printemps des poètes dans son édition consacrée aux « Passeurs de mémoire ». Dans ce texte, il écrit que « la littérature gay n’a rien à attendre de la littérature générale ». Mais cette « réaction dramatique » intervient dans des circonstances particulières, au moment de la mort du pape Jean-Paul II (sa lente agonie) et par ailleurs devant un public composé en partie de personnalités gays et lesbiennes comme Geneviève Pastre ou de la nouvelle génération comme Christie Cyane que l'écrivain apostrophe dans son texte : « Christie, tu es capable de m’émouvoir jusqu’aux larmes, pourquoi échangeons-nous de telles banalités ? ».
Bruno Bisaro n’est pas un auteur gay parce que l’homosexualité est le thème récurrent de son oeuvre ni parce que les situations littéraires et dramatiques mettent en scène ou impliquent des personnages homosexuels, mais avant tout parce qu'il considère le mouvement gay et lesbien comme l’un des mouvements artistiques, culturels, politiques les plus marquants de notre histoire contemporaine, un mouvement qui devient pour lui le « mouvement réformateur de sa façon d’être au monde » et de sa démarche artistique et philosophique. Bruno Bisaro commence à écrire pour le théâtre et à monter sur les planches au moment où ce désir d’émancipation est en train de triompher en lui et autour de lui.
Dans La Norme Hypocrite (farce autobiographique), le romancier (réactionnaire, misogyne et bigot, vraisemblablement le double de Bruno Bisaro lui-même, celui qu’il « rêvait » d’être adolescent) est trahi par son oeuvre de jeunesse qui a l’apparence d’un travesti. Cette pièce de théâtre fut citée par Geneviève Pastre dans un article consacré à l’art gay et lesbien dans le numéro spécial de la revue TriAngul’ère paru en octobre 2005 à l’occasion du salon Rainbow Attitude.
Dans Le Fruit de nos Entrailles, Bruno Bisaro devient le romancier d’un genre nouveau qui proclame : « A bas la représentation, vive le théâtre fleuve ». Le couple juif (Isaac-Elsa Jacobson) devient en quelque sorte l’alibi du couple homosexuel (Corvisart-Jacobson). Dans Le Langage de la Réalité, le couple formé par l’un et l’autre (redevenu homosexuel par la force des choses) célèbre la fin de la comédie dans le mensonge de la réconciliation nationale, celle de la France et de ses minorités.
A noter aussi pour finir que Bruno Bisaro anime régulièrement l'émission « Les Enfants de Stonewall » sur Radio Libertaire. Bruno Bisaro annonce plus de onze titres à paraître d'ici juin 2010. Une aventure à suivre...
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